Les femmes.
Des femmes, j’en ai eu peu dans ma vie, et j’ai appartenu à la vie de peu d’entre elles.
J’ai toujours eu droit à l’incompréhension de mes camarades masculins. Quand j’avais encore 7 ou 8 ans, les filles me passionnaient totalement. Il s’agissait pourtant de sentiments inavouables à cette époque. Les filles se devaient de détester les garçons qui le leur rendait bien. C’est là que j’ai rencontré Johanne. Avoir un prénom aussi proche a été le détail qui nous a “rapprochés”. C’était la seule fille a laisser un garcon l’approcher, et nous sommes devenus amis. Cela a duré quelques années, puis j’ai changé d’école et ne l’ai plus jamais revue. Cela ne m’a pas chagriné plus que cela, à mon grand étonnement aujourd’hui.
Ensuite est arrivée le début de l’adolescence, et alors que mes “copains” commençaient à s’extasier sur les filles de l’école, pour ma part de les trouvait de moins en moins intéressantes, ce qui me valut encore une belle incompréhension. Il n’y en a qu’une qui m’intéressait. Elle était plus vieille et travaillait à la bibliothèque de l’école. (décidément… les bibliothèques..) Elle n’était pas vraiment jolie, pour ne pas dire pas du tout, mais elle avait dans le regard quelque chose qui me captivait. Elle semblait tout savoir. Elle n’était pas très populaire, j’ai même assisté à quelques scènes où des garçons de son age se moquaient d’elle avec la cruauté dont peuvent faire preuve des adolescents en recherche de reconnaissance. Et un jour elle a disparu. J’aurais du m’y attendre, elle venait de finir ses études et se lançait dans son cursus universitaire. Mais je ne m’y était pas préparé. Jamais je n’ai retrouvé une femme comme elle dans cette école.
Par contre Sophie m’a trouvé… hélas. Cette fille m’aimait beaucoup trop. Elle passait son temps à me suivre partout, me disant que j’étais super intelligent mais que par fainéantise je gâchais mes capacités. Elle me disait aussi que je faisais un complexe de supériorité et que c’est pour ca que je ne trainais pas avec les autres. Elle n’avait vraiment rien compris. Je ne supportais pas facilement sa présence, alors je m’enfermais encore plus dans le seul endroit qu’elle ne pouvait visiter. Comme si une force invisible l’empêchait d’en franchir la porte. Je me cachais dans la bibliothèque. Je me suis un peu senti traqué par cette fille.
Maintenant, des femmes, je n’en côtoie plus des masses. Au centre, la mixité est purement théorique. Mais si il y a une chose qui peut me donner envie de rentrer chez moi. C’est ma nouvelle voisine. Je l’ai rencontrée lors de mon dernier séjour chez mes parents, brièvement, mais rien qu’en croisant ses yeux, j’ai eu envie de la connaitre. Elle doit avoir presque la trentaine, et elle vit seule. Elle n’est pas très belle selon mon frère qui “n’y toucherait pas”, mais ce que j’ai cru appercevoir mérite d’être approfondi.
Ca y est… cela faisait des mois que ce n’était plus arrivé! J’ai hâte d’être ce weekend pour rentrer à la maison.
Retour
Il n’est parfois pas évident de tenir une promesse même lorsqu’elle ne demande a priori pas un effort démentiel : écrire. Mais j’ai pour la première fois depuis longtemps la confiance de quelqu’un alors autant s’en montrer digne en reprenant la « plume ».
A nous deux, blog.
Le week-end de pâques s’annonce et avec lui la permission de sortie normalement tant attendue par les personnes vivant en milieu clos. 3 jours de liberté sans contrainte d’horaire, d’activité, d’entretien avec le personnel soignant, de suivi… Le bonheur. Enfin, pour la plupart. Pas que je sois fan des plats cuisinés avec amour par un prestataire extérieur en cuisine industrielle, passionné par les séances de groupe ou follement attaché aux gens qui me suivent mais, entre ça et 3 jours en tête à tête avec ma chère et tendre famille, je crois que je préfère la vie réglée en isolement.
Mais ça fait aussi partie de la thérapie, le contact avec le monde extérieur. Moi-même je ne m’imagine pas à vie dans le centre, je m’y plait mais y finir mes jours n’est quand même pas une perspective très réjouissante. Ce ne doit être q’une étape avant une sorte de retour a la normale où je pourrais m’intégrer, plus ou moins, à la masse et mener une vie dans laquelle je serais autonome et ou je retrouverais mon libre arbitre.
Les choix proposés au centre sont plutôt de type « fromage ou dessert », ça a le mérite de ne pas être trop frustrant pour les indécis maladifs mais l’intérêt est limité. Faire un choix c’est accepter de se priver de quelque chose et lorsque cela porte sur une portion de brie et un abricot au sirop, le traumatisme est assez facilement surmontable.
Ce n’est pas demain que j’aurais le choix entre « vacances aux Baléares » et « séjour aux Seychelles » mais des choix plus simples pourraient a court terme me satisfaire. « Reprendre mes études ou travailler ? » me conviendrait tout à fait comme question existentielle passagère.
Mais pour cela il faut d’abord que mes séances et mes efforts portent leurs fruits afin d’être en pleine possession de mes moyens lorsque viendra le choix. Ce n’est pas pour demain mais il faut que je commence a penser un peu plus loin que le dîner de demain en terme d’avenir. Une fois dehors.
Qu’est-ce que je peux l’entendre cette phrase, « une fois dehors, je ferais… », généralement suivie d’une myriade de projets plus ou moins farfelus, ou d’un simple soupir rêveur pour les plus résignés. Je me demande si marc a dans l’idée de monter un groupe pour donner libre cours à son amour pour le bruit…
Jusqu’à hier je n’ai jamais réussi à mettre quelque chose après « une fois dehors, je… », le futur, un temps volontairement laissé dans l’inconnu. Entre un présent que je ne maîtrise pas vraiment et un passé peu reluisant j’avais largement à faire.
Le déclic m’est venu a la bibliothèque (toujours elle), pas vraiment étonnant vu que j’y passe autant de temps qu’il m’est possible, mais pour une fois ce n’est pas venu d’un livre.
Car, aussi fou que cela puisse paraître, la personne chargée du rangement des livres est dotée de la parole. A force de le voir enregistrer des livres en opinant juste de la tête et les récupérer en souriant, j’en étais presque venu à douter que cet homme parlait. Le petit vieux comme je l’appelais affectueusement n’est pas des plus bavards mais se révèle d’une compagnie fort intéressante.
« Compagnie » est peut être un grand mot puisqu’il ne quitte son comptoir que pour ranger des livres ou aller en chercher dans la remise mais il est de ces personnes qui ne parlent pas pour ne rien dire. L’incarnation même de « si ce que tu vas dire n’apportes pas plus que le silence, tais toi ». Il hante la bibliothèque plus qu’il ne l’habite, se déplacent a une absence de bruit surprenante, a croire qu’il fait tout pour être oublié. Le quitter un instant des yeux lorsqu’il est en mouvement c’est l’assurance de le perdre tant rien n’indique ses déplacements. Un vrai fantôme. Ce qui rend d’autant plus surprenant le fait qu’il s’adresse a moi. Il m’a dit être étonné et ravi de mon assiduité, avant de s’en aller comme il était venu. En silence.
Un bien étrange personnage.
M’est alors venu la réflexion que si il est comme ça en dehors de son travail il ne devait pas être facile a vivre. Et je me suis alors reconnu en lui, j’avais eu à son égard la même réflexion que celle que devait avoir les autres quand ils me croisaient à l’extérieur. J’ai eu honte sur le coup d’avoir émis un tel jugement sur cet homme dont je ne sais rien et je me suis mis a réfléchir sur mon « avenir ». Cet homme représentait il mon futur ?
Depuis ce temps la (hier) je recommence a penser a un autre temps que le présent immédiat, le passé hors des murs du centre ou ce futur a très court terme réglé comme une horloge, rythmant mes journées de son pas monotone.
Mon futur immédiat c’est le week-end de pâques, la perspective d’un avenir plus lointain auquel commencer a réfléchir devrait m’aider a mieux passer ce moment que je pressent egal a mes autres sorties en « famille » : pénible
La bibliothèque est décidément un endroit encore plein de surprises.
Semeur de chaos: désolé pour les désagréments liés aux procédures d’enregistrement des commentaires…
Mes premiers lecteurs…
C’est un drôle de sentiment que j’ai ressenti en lisant tous les commentaires. J’ai décidé de vous répondre dans un grand article plutôt que de diviser mes pensées dans une multitude ce commentaires. Syou, cet article, s’adresse d’ailleurs particulièrement à vous.
Que quelqu’un montre un intérêt pour mes pensées est une chose assez rare, les gens ont tendance à perdre le fil, ce qui m’a souvent découragé de persévérer dans mon envie de me faire comprendre. Vous semblez connaitre cette sensation, et c’est vrai qu’avoir le sentiment de ne pas être seul à le vivre a quelque chose de rassurant, même si cela ne changera rien à mon quotidien hélas.
J’ai bien pris note de votre offre pour le tueur à gage, et si c’est une solution radicale, je pense qu’elle serait un peu disproportionnée. Cet idiot ne mérite pas autant d’égard, et savoir que j’ai contribué à cet instant fugace de gloire pour lui me ferait trop de mal. Je pense que la meilleure solution reste de le laisser détruire sa vie lui même. Nos parents, par leurs actes (ou non actes) semblent penser la même chose tant ils rechignent à s’intercaler entre cet imbécile et ses idées loufoques. Je crois que le plus simple reste de lui pardonner ses bêtises
Vous avez de la chance d’avoir su tisser un lien avec votre frère, ce n’est pas évident quand on se retrouve contraint de partager une majeure partie de son temps avec une personne qui a des objectifs de vie tellement différents. Je n’arrive pas à le comprendre, et de son côté, il ne risque pas d’arriver à me comprendre vu qu’il ne prends pas la peine d’essayer.
Un point sur lequel je ne vous rejoins pas est la musique. Même si je suis circonspect en entendant ce que les radios diffusent à longueur de journée, je suis un grand amateur de musique. Par contre je suis un auditeur difficile, j’aime quand les choses sont poussées à l’excès.
J’ai vraiment envie de me pencher sur votre blog, surtout sur la catégorie asperger. Hélas, mes séances informatiques sont très limitées ici, peut-être pourrais-je en lire plus chez mes parents, je ferais mon possible. Auriez vous d’ailleurs des articles à me recommander particulièrement?
Et enfin, comme je le disais en début d’article, me sentir lu d’abord, et ensuite un peu compris, a éveillé un sentiment assez rare chez moi, un sentiment que j’ai encore du mal à identifier. J’en ai parlé avec Fabrice qui a trouvé cela intéressant. Il est convaincu que vos commentaires à tous m’aideront à avancer. Je ne parle plus ici seulement de vos commentaires uniques, mais bien des commentaires de tout visiteur qui passerait ici. Alors je suis d’accord pour que vous parliez de mon blog sur le votre. Je ne sais pas ce qui en ressortira, mais j’ai envie de creuser ce sentiment et voir jusqu’où il me mènera.
PS : Comment prononcez vous votre pseudo?
Le cas Marc (2)
Fabrice m’a dit que ce lieu pouvait me servir d’exutoire alors la dernière fois je vous ai parlé, assez brièvement de « marc ».
Mon boulet. Ma croix.
Un fascinant sujet d’études si un chercheur venait faire un tour ici pour se pencher sur la misère humaine.
La règle veut que l’on ne parle pas de ce qui nous à conduit au centre avec les autres patients.
Et même sans cette règle je ne suis pas sur que beaucoup s’étendraient sur leur passé et ce qui les amené à finir ici. A part ceux qui aiment se plaindre et qu’on les prenne en pitié, il y a peu de gens que cette règle frustre.
Je ne sais donc pas pourquoi Marc a atterri ici.
Mais ce n’est sûrement pas pour dépression. Par contre il a pu rendre son entourage dépressif… Je ne serais pas vraiment surpris de croiser ses proches dans une autre aile du centre.
La note précédente était un peu brève mais elle résume bien une chose : il m’énerve.
Il représente tout ce que cherche à fuir.
La bêtise et le bruit.
Il s’entendrait sûrement très bien avec mon frère.
Je me suis longtemps demandé où était passé la moitié de cerveau qu’il manque à mon frère ( seul ce manque peut expliquer son comportement), je crois que je viens d’en trouver le bénéficiaire. Marc.
Reste a savoir de quoi il a hérité.
Pas grand-chose a priori.
Mais ¼ de masse cérébrale suffit peut être pour permettre à mon cher voisin de chambre de poursuivre ses activités, a savoir : faire du bruit et se masturber. Les deux pouvant faire équipe pour un maximum de nuisance.
Espérerons que le ¼ de cerveau qu’il n’a pas obtenu de mon frère est allé compléter celui d’un surdoué plutôt que participé à la création d’un autre boulet.
Marc est bien à sa place au centre, c’est indéniable, mais pourquoi faut il que ce soit dans MA chambre. J’en viens presque à rêver d’un voisin muet et tétraplégique.
Au début j’ai cru à une expérience de Fabrice.
La confrontation entre un introverti (votre serviteur) et le summum de l’extraversion débridée (l’autre), mais il semblerait que ce soit en fait le fruit du hasard. Depuis, je fais avec…
Pour l’autosatisfaction manuelle, passe encore ; à chacun ses loisirs et puis il ne fait de mal à personne pendant ce temps là. Ce sont ses draps après tout. Depuis qu’on a mis les choses au point a ce sujet (ce n’est pas parce que je l’ai surpris à l’œuvre que je dois faire de même pour qu’on soit a « égalité ») ça se passe mieux. Il s’amuse dans son coin et pendant ce temps là au moins je suis tranquille. Son lit grince mais il commence à intégrer que la nuit on dort. Il progresse.
Reste le bruit.
Au début je le suspectais d’être sourd, puis d’être victime des troubles obsessionnels compulsif (toc) mais il a vite levé le doute. Il le fait donc exprès.
Musicien ? Non. Musicien frustré ? Peut être. Mauvais musicien ? Sans nul doute.
Nous n’avons pas la radio donc je n’ai pas le droit aux imitations à la bouche des tubes récents Marc est plutôt fin des années 90- début 2000 si j’en crois ce que je pense avoir reconnu. Pas que ça soit ressemblant, mais à force on fini par percevoir une vague mélodie familière. Jusqu’à présent il m’a évité le chant en dehors de ses (rares) douches et je lui en suis reconnaissant. Il compense par les percussions, son passe temps.
Tout ce qui fait du bruit en fait.
Je pourrais écrire des pages si je répertoriais toutes les combinaisons qu’il utilise pour pratiquer son « art » et mettre a l’épreuve son sens du rythme (et mes tympans). Heureusement il est plus bête qu’il n’est méchant et même si il met longtemps a se lasser de ses rythmiques assourdissantes il lui arrive de s’arrêter.
La pratique assidue de l’onanisme lui a fait un poignet à toute épreuve mais parfois le silence se fait. Et alors il parle.
Peut être a-t-il été élevé dans un monastère où les moines ont fait vœu de silence et compense t’il désormais en cherchant a détruire ce silence qui l’oppressa si longtemps. Je ne sais pas ce que je préfère entre son goût pour les percussions et son besoin de parler constamment. C’est un peu comme choisir entre la peste et le cholera.
Des extraits a voix haute de ce que je lis, des résumés des livres que j’ai dans les mains, la météo, ses théories sur le centre, nos voisins… tous les sujets sont bons. Il faut qu’il parle. Et peu importe l’heure ; à croire que le silence lui fait peur. Un véritable calvaire pour qui aime bien être au calme. Il est quasi inépuisable, presque aussi résistant des cordes vocales que du poignet.
Heureusement depuis peu est arrivée Brigitte. Un puits dans lequel il peut déverser sans discontinuer tout ce qui lui passe par la tête. Ca me fait du répit. Il faudra que je pense à la remercier. J’ai moins envie de jeter Marc par la fenêtre depuis qu’elle est la et qu’elle permet d’assécher son torrent verbeux. Elle ne peut rien pour son goût pour la « musique » mais c’est déjà ça de gagné.
En attendant que l’un de nous deux soit changé de chambre.
Le cas Marc.
L’institut, ça a des avantages. Je ne suis pas obligé de me coltiner mon emmerdeur de frère que je déteste cordialement. Mais j’ai droit ici à un camarade de chambre assez énervant aussi.
Il s’appelle Marc, il a 2 ans de plus que moi et une certaines fascination pour le bruit. Il passe son temps à tapoter. Tapoter tout et n’importe quoi… avec tout et n’importe quoi.
Un crayon sur le montant du lit, ses doigts sur le bureau, … Il aime aussi trainer les pieds, renifler bruyamment, sans oublier les sonorités tonitruantes de ses évacuations gazeuses.
Ce mec est une plaie. J’ai parfois envie de lui jeter mon livre à la figure quand il m’empêche consciemment de me concentrer sur mes lectures.
Hier il m’a réveillé en plein nuit pour me poser des questions sur le livre que je lis et comme j’ai refusé de lui répondre il a fait grincer son lit pendant une demi heure en accomplissant des actes que je tairais tout en pouffant de rire ponctuellement.
J’ai demandé être changé de chambre ce matin. J’espère qu’ils accepteront… sinon ca va mal tourner…
J+35
Cela faisait un petit moment que je n’étais pas venu remplir mon « blog », ou « espace d’expression à but thérapeutique », c’est selon. Le premier terme a l’avantage d’être plus court à écrire, le second d’être plus technique et proche de la réalité.
La thérapie continue. L’engagement tient toujours. Je reviens.
Continuerais-je à tenir ce « blog » (terme qui sera désormais utilisé car c’est quand même plus pratique) une fois sorti ?
Peut être.
Je ne sais pas si c’est vraiment efficace dans mon traitement mais ça a au moins le mérite de me distraire. Fabrice pense que cela a des effets bénéfiques. C’est lui le professionnel, faisons lui confiance. En tout cas je m’exprime. Fabrice me lit et me fait confiance pour le contenu. De plus, j’ai eu l’assurance que ma famille ne me lit pas. C’est déjà ça de pris. Je ne suis pas sur qu’elle apprécierait à sa juste valeur ce que je pense d’elle de toute façon.
Par « sécurité » tous les noms ont été changés pour protéger les coupables. Je crois que c’est comme ça qu’on dit dans les séries… Si ce n’est pas le cas vous corrigerez de vous-même, il faut dire que je ne suis plus trop public des séries télé.
Au centre la télévision n’est plus.
Enfin… Pour les patients.
Elle meuble l’ennui du personnel de garde entre deux tournées, pendant les longues nuits durant lesquelles il ne se passe rien nécessitant leur intervention.
Mais la télévision est loin de me manquer.
Pour l’information nous avons les journaux, afin d’encourager à lire. La lecture a l’avantage sur la télévision de nécessiter un plus grand travail intellectuel, et certains ici en ont vraiment besoin. Les journaux du matin remplacent facilement le journal télévisé du 13h et du 20h. Nous n’avons pas beaucoup d’images, un effort intellectuel supplémentaire à fournir. Ca ne peut pas faire de mal. Et puis ça occupe.
Car les loisirs sont plutôt rares si on aime pas spécialement le scrabble. Il doit y avoir quelques autres activités de proposées mais rien de transcendant car il faut qu’elles soient accessibles a tous (ce qui n’est déjà pas forcement le cas pour tous dans le cas du scrabble).
Il faudra que je consulte le planning un jour…
Mon activité est toute trouvée : la lecture.
La bibliothèque du centre n’est guère enthousiasmante en terme de diversité et de nombre de livres disponibles. Elle ressemble plus à une pièce durement négociée dans laquelle on aurait stocké des dons et les livres oubliés par les patients ayant quitté le centre, qu’à un endroit dédié volontairement à la lecture. Mais elle existe.
Elle est assez déprimante au premier abord. Petite, mal éclairée, agencée n’importe comment, c’est presque à vous décourager de la fréquenter.
La plupart des gens du centre sont la pour dépression, TS, trouble de la personnalité ou état proche de l’autisme, donc pas vraiment le public qu’on peut croiser dans une bibliothèque. Alors dans cette pièce plus proche de la cave que d’un endroit dédié à la lecture, il n’y a pas foule. Quand il n’y a pas personne.
C’est peut être pour ça que je l’aime bien.
On y trouve rien de bien passionnant, c’est moche et pas spécialement confortable, mais on y est au calme. J’ai depuis longtemps fait le tour des livres proposés et le vieil employé qui les range dans les rayonnages n’a plus rien à me proposer depuis un moment mais j’y reviens encore et toujours.
J’ai le droit d’emprunter des livres à la bibliothèque municipale et d’en ramener de mes sorties familiales, mais c’est à la bibliothèque du centre que je vais les lire. Je pourrais lire allongé sur un banc dans le « parc », ou dans ma chambre, mai je les lis là bas. Au calme.
Personne pour m’interrompre, me demander ce que je lis et un résumé.
Juste le petit vieux qui attend des livres à ranger et veille à l’émargement du cahier des emprunts. Difficile de faire moins pénible.
A part le scrabble, activité fascinante que je peux croiser en allant au réfectoire, je n’ai pas connaissance des autres activités car je n’en ai pas besoin. J’ai trouvé celle qui me convient parfaitement.
Mais par curiosité je vais quand même me renseigner.
J+15
De ce que je vois des autres ‘blogs’, le dépôt de commentaires est, pour beaucoup, une fin en soi. Une façon de mesurer leur popularité, de quantifier l’intérêt qu’on peut bien apporter à leur petite vie. Enfin, de ce que j’ai vu, pour le moment je me suis allé sur des skyblogs et leur contenu se rapproche plus d’une soirée diapo « regardez je suis cool et j’ai des amis » que de quoi que ce soit d’intéressant…
Au début il était prévu que j’utilise cette plateforme mais le nombre de caractères autorisé est tellement limité par article qu’il m’aurait fallu en écrire huit à dix pour dire ce qui tient ici en un seul bout.
Ici l’affluence sera sûrement nettement moindre mais j’éviterais au moins les « kikou, vien voar mon blog il é terrible é lach D com’ ». Je préfère, et de loin, pas de lecteurs du tout qu’une masse de décérébrés qui ne me lisent pas et déversent juste leur pub dans le fol espoir d’augmenter leur nombre de visiteurs et ainsi avoir la confirmation qu’ils existent.
Et puis heureusement que je ne suis pas en recherche désespérée de ‘commentaires’ car pour le moment je n’en ai pas un (ce qui n’est guère étonnant) et suis même pas sur que quelqu’un me lise…
« Ecrit on pour soi ou pour être lu ? »
Question pertinente mais à laquelle il manque un choix : « j’écris pour tenir un engagement envers le thérapeute qui me suit ». Pour rester dans le choix proposé initialement, j’écris plutôt pour moi. Ce qui tombe bien puisque, si j’en crois mes statistiques, je ne suis lu par personne
Avant d’arriver au centre je n’ai jamais été écouté par personne, on ne change pas une équipe qui gagne.
Ce n’est pas facile a reconnaître mais être placé en centre fermé est peut être la meilleure chose qui me sois arrivé depuis longtemps. Depuis ma venue au monde ? Il y a des chances…
Quand pour certains sortir est une récompense, pour moi cela relève plutôt de la punition (Fabrice, si tu me lis…).
Ah ça, a chacun de mes sorties je suis rudement bien entouré ! Toutes les apparences d’une famille soudée derrière le petit dernier. Quels jolis masques.
Le grand frère protecteur, la mère aimante, le père avec toujours un bon mot pour « dédramatiser » la situation ; ils tiennent leur rôle à merveille. Quelle belle famille que voila. On en mangerait. Mais ce plat écœure vite.
Au moins au centre, il n’y a pas tout ce cinéma. C’est peut être froid, aseptisé, plutôt moche et pas vraiment jovial et glamour, au moins j’échappe a tous ces simulacres.
A part Fabrice personne ici ne joue à être mon ami. Mais il fait son travail : « instaurer un climat de confiance avec le patient » et il y arrive plutôt bien.
La preuve j’écris ce blog.
« Ecrit on pour être lu ? »
Il était temps…
Je n’ai le droit de rentrer chez mes parents qu’un weekend sur 2 et pour les fêtes. Ce n’est pas énorme, et pourtant, je suis heureux quand je suis de retour dans ma chambre, à l’institut.
Je ne peux plus supporter mon abruti de frère. Il ne comprend pas ce que j’ai alors il passe son temps à se foutre de moi. Monsieur a baisé sa ptite amie pour la première fois la nuit du réveillon du nouvel an alors il ne se sent plus. Il a passé son weekend à me demander si les infirmières sont bonnes ici et si y a moyen de s’en faire une. Mais si ce crétin venait me rendre visite de temps en temps, il verrait que tous les employés sont des hommes. Mais non, monsieur n’a jamais pris la peine de venir. Et de toutes façons… j’ai connu ca bien plus tôt que lui.
Je ne peux plus supporter de l’entendre rire bruyamment pour un oui ou pour un non. Est ce qu’on a idée de passer son temps à produire autant de bruit? Est-ce que j’ai envie de savoir si il est heureux?
Il ferait bien d’apprendre un peu la décence. Est ce que je suis venu me plaindre dans sa chambre quand je n’étais pas bien?
Enfin… je suis bien mieux ici.
Pour me calmer ce matin, j’ai commencé à surfer sur quelques blogs histoire de voir comment les autres s’y prennent. Et j’ai remarqué qu’il y a plein de blogs qui parlent de BD, ou même de dessinateurs qui font les leurs. J’adore la BD. Faudra que je vous en parle.
J’ai juste jeté un oeil mais je regarderais ca quand j’aurais un peu de temps, parce que cette aprem, comme tous les lundis, je dois aller voir Fabrice.
Blog: J+2
Matherapie.com
Super nom vous ne trouvez pas ?
J’avoue, ce n’est pas franchement ça que j’aurais souhaité comme nom au départ, mais après en avoir discuté avec la personne qui me suit, on a préféré opter pour un nom simple et parlant.
C’est fait un peu « médical » comme nom mais ça à l’avantage d’être facile à retenir et en accord avec le contenu a venir du blog
Et puis ça vaut mieux que « bogossenlacoste », « serval733 » ou « bossdu91 »… non ?
Donc pas de titre fantaisiste ou mélodramatique, ni de pseudo mystérieux qui ne me conviendront peut être plus d’ici quelques temps. Puisque ce blog est le fruit d’une démarche volontaire a but thérapeutique autant appeler les choses par leur nom. Et puis je n’ai pas honte de ce que je fais.
Alors va pour ce titre, même si il ne m’enchante guère actuellement…
Il a le mérite d’être franc et objectif a défaut d’être franchement valorisant.
Je voulais utiliser un pseudo, et je l’avais même choisi, mais comme pour le titre du blog on a convenu avec Fabrice qu’il valait mieux que je me choisisse pas une identité qui pourrait ne plus me correspondre pour la suite de l’aventure ‘blogesque’ (bloggienne ?) .
Le pseudo que je m’étais choisi est « Nemo ».
‘Personne’ en latin.
Ce nom simple correspond bien à mon état d’esprit actuel et puis c’est également celui d’un personnage que je trouve charismatique.
Non pas le poisson…
Le capitaine Nemo
Commandant du Nautilus dans « 20 000 lieues sous les mers » et personnage secondaire de « l’île mystérieuse » dont on ne sait que peu de choses sinon qu’il a construit lui-même son sous-marin avec lequel il parcourt les océans pour détruire la flotte d’un pays qu’on suppose être l’angleterre.
Motivé par la haine et profondément misanthrope, il vit reclus dans son submersible entouré de son équipage qui lui est entièrement dévoué, à la recherche de navires a couler, qu’il éventre grâce a son sous-marin.
Nemo est d’ailleurs déjà un pseudonyme pour ce personnage puisque ce nom est tiré de l’Odyssée. A mi-chemin entre le génie et le psychopathe, Nemo est l’anti-héros par excellence. Grand explorateur, brillant ingénieur, meneur d’homme, il est également un homme plutôt hermétique dont on ne sait quasiment rien et dont la personnalité est sujet de très nombreuses interprétations.
Même le sens de son pseudo prête a débat car Nemo existe aussi en grec et signifie partager. Avec cette signification le capitaine prend une autre dimension presque divine. Un dieu bon (il partage ses connaissances) mais au bras vengeur déterminé (l’anéantissement de la flotte britannique).
Les deux se défendent et se complètent pour correspondre au personnage de Nemo, mais je préfère la première interprétation. Personne.
Un homme ayant choisi de se réfugier sous l’eau pour fuir les siens et se construire une sorte de nouveau « royaume » sur lequel personne n’a prise et reste encore très largement inconnu.
Nemo est sympa aussi comme poisson mais je me sens moins de points communs avec ![]()
A se demander si les gens de Disney savaient qui était Nemo avant de donner ce nom a leur héros…
En tout cas, je ne serais pas Nemo donc pas de soucis si je viens a renier toute sympathie pour ce personnage. Un titre simple, pas de pseudo. Un choix un peu pénible mais ca fait aussi partie du programme
Vendredi soir, premier retour dans ma famille depuis le nouvel an et une chose s’impose et n’a pas changé avec la nouvelle année : mon frère est toujours aussi con.
Mais là, ma thérapie n’y pourra malheureusement rien…
Ceci n’est pas un journal intime mais un procédé d’extériorisation.
Ce n’est pas facile pour moi tout ca… vraiment. Moi j’aime bien rester discret, qu’on ne me regarde pas trop. Quand on me fixe longtemps ca m’énerve alors j’essaye de ne pas attirer les regards.
Jamais je n’aurai voulu faire un blog, parce que je sais que je vais me sentir espionné et que cela m’énerve rien que d’y penser. Mais j’ai un problème, comme une maladie. C’est pas facile. J’ai du mal à me concentrer et à vivre avec les gens.
Ca fait depuis le mois d’avril que je suis ici, mes parents disent que c’est parce qu’ils ont peur pour moi. Je ne vois pas pourquoi d’ailleurs, je suis bien moi dans ma chambre. Je n’ai pas forcément besoin de voir des gens comme eux qui ne peuvent pas s’en passer eux. Faut toujours qu’on aie du monde la maison.
Enfin, comme j’ai du mal à communiquer, même avec lui Fabrice m’a dit que je devrais essayer d’avoir un journal intime. J’ai toujours trouvé cela con et j’aurais trop peu qu’on le trouve et qu’on rentre un peu dans ma tête. Alors Fabricem’a conseillé de créer un blog. C’est anonyme et ma famille ne tombera pas dessus, je suis tranquille
Je n’étais pas d’accord au début, alors j’ai refusé pendant longtemps, mais Fabrice m’a convaincu de prendre cette bonne résolution. Il est médecin après tout, il sait de quoi il parle, alors j’ai accepté.
J’ai jamais trop regardé de blogs, quand je viens sur le pc c’est pas pour discuter ou lire la vie des autres, alors je sais pas trop ce qu’on raconte dessus d’habitude. De toutes façons je comptais faire à ma sauce.
Déjà j’espère que vous aimez le look du site, c’est un truc tout fait que wordpress met à disposition, mais je le trouve bien classe en tous cas.
Voilà… c’était mon premier essai. C’était pas si dur en fait.